Réactions à la conférence d'Aldo Naouri en Lozère

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     Les propos présentant la conférence d'Aldo Naouri (le 26 juin au Monastier),  ont surpris nombre d'entre nous au sein de l'Association Naitre et Grandir.

En effet, devant la multitude d'expériences de nos enfants, face aux cris, aux pleurs incompréhensibles ou aux colères répétitives, nous sommes parfois désorientés, voire désarmés dans notre quotidien ou bien encore désunis sous le regard d'autrui.

Il est évident qu'il est important d'introduire des "règles de vie sociale", de poser des limites. Faut-il pour autant étouffer inlassablement les demandes de nos enfants et ce dès le plus jeune âge? Le lien parent/enfant peut aussi se dessiner avec un regard bienveillant basé sur une relation de confiance où chacun écoute et apprend à respecter les besoins de l'autre, valeurs auxquelles l'association est attachée.

 

En 2009, nous avions invité Olivier Maurel auteur de "La fessée» aux éditions La plage. Il présentait dans sa conférence des outils pour résoudre les conflits parent-enfant.

A noter que Naître & Grandir propose régulièrement des ateliers pour les parents désireux de se doter de moyens pour une communication respectueuse au sein de la famille (écoute des sentiments, pose des limites, méthode de résolution de conflits, habilités Faber & Maslish, etc...).

 

Dans un premier temps est notée ci-dessous la présentation de la conférence d’Aldo Naouri organisée par L’UDAF. Ensuite Olivier Maurel nous livre un point de vue différent et il nous semblait important de relayer ici sa position.

On remercie chaleureusement Olivier Maurel

pour sa contribution à notre démarche.

L’Equipe de Naitre et Grandir

 

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Pour présenter sa conférence du 26 juin 2013 à Le Monastier Pin Moriès, le pédiatre Aldo Naouri écrit :


"Le bébé qui vient au monde aujourd'hui obéit aux mêmes mécanismes que celui qui venait au monde à l'aube de l'espèce. C'est un être autocentré, mu par ses pulsions et guidé par la seule obtention de son plaisir. C'est très tôt qu'il faut l'introduire aux règles du monde actuel et au lien social qu'il comporte. Faute de quoi, il évoluera sur un mode naturel inadapté à son environnement.
C'est en effet dans le petit âge qu'il peut le mieux apprendre à refouler ses pulsions et à les maîtriser pour gagner l'amour de sa mère.

Quand cette entreprise est correctement menée dans les quatre années de la vie, la partie est pratiquement gagnée. Sinon, il faut sans relâche en corriger la trajectoire, ce qui se révèle parfois épuisant.

Eduquer un tout petit, c'est le préparer à sa vie toute entière."

 

   Pour Aldo Naouri, apparemment, le lien social serait une chose nouvelle propre à notre société, alors que l'humanité a toujours vécu en tribus avant de vivre en sociétés plus larges.
Toujours selon ce dernier ce petit être prétendu "autocentré" et uniquement guidé par ses "pulsions" (forcément mauvaises) et par son plaisir (forcément pervers), il faut "l'introduire aux règles du monde actuel" et "apprendre à l'enfant à refouler ses pulsions, à les maîtriser pour gagner l'amour de sa mère".

"L'introduire aux règles du monde actuel ?"

  Voilà une idée plus que discutable quand on sait que la société actuelle change à une vitesse toujours accélérée et que lorsque le bébé qui vient de naître sera adulte, le monde n'aura vraisemblablement plus rien à voir avec celui de l'époque de sa naissance ! Autrement dit, en cherchant à "l'introduire du monde actuel" tout en refoulant ses "pulsions' prétendues asociales, on a toutes les chances, après avoir détruit sa confiance en lui, de le rendre incapable de s'adapter au monde où il devra vivre dans vingt ou trente ans.


"Apprendre à l'enfant à refouler ses pulsions ?"

   Si Naouri n'était pas enfermé dans les vieux dogmes psychanalytiques il aurait pu être attentif à toutes les découvertes récentes dans le domaine du développement des bébés, découvertes qui montrent que loin d'être "autocentré", loin d'être animé de pulsions asociales, le bébé naît porteur de capacités qui ont la particularité d'être toutes relationnelles, qui le portent toutes vers les autres, ce qui n'a rien d'étonnant quand on sait que l'homme est un animal social. Ces capacités sont l'attachement qui le porte à rechercher l'affection des autres parce que sa plus grande crainte est l'abandon, l'empathie qui lui permet de ressentir les émotions des autres et qui est la base de la compassion, l'imitation qui lui permet l'apprentissage des comportements vitaux, et même l'entraide comme l'ont montré les expériences des chercheurs Felix Warneken et Michael Tomasello où l'on voit que des bébés qui, à peine savent-ils se mouvoir par eux-mêmes, viennent spontanément en aide à unadulte en difficulté

(http://www.eva.mpg.de/psycho/study-videos.php).

   Conseiller aux parents "d'apprendre à l'enfant à refouler ses pulsions" parce que ses "pulsions" seraient "autocentrées", c'est prendre le risque de leur faire saccager toutes ces prédispositions socialisantes que l'enfant porte en lui. C'est lui faire entendre qu'il est naturellement mauvais et qu'on a dû le redresser pour en faire un adulte "normal". Quand on part dans la vie avec une telle conviction, il n'est pas étonnant qu'on porte en soi, une fois devenu adulte, un manque de confiance en soi et d'estime de soi et qu'on se méfie autant des autres que de soi-même.

   Pour que le bébé d'aujourd'hui ait quelques chances de pouvoir s'adapter au monde à venir, ce qu'il faut, c'est non pas l'adapter au monde actuel mais lui permettre de développer toutes ses capacités naturelles de socialisation qui sont au départ toutes positives et relationnelles pour qu'ils soit capable, tout en étant bien lui-même, de s'adapter aux relations sociales de l'époque où il sera adulte et de les contester si nécessaire.

Olivier Maurel de l'OVÉO

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